Face à l’urgence climatique, passons à la vitesse supérieure à Montreuil !

Intervention de Capucine Larzilliere au conseil municipal du 26 Juin 2019

La canicule que vit notre pays ces jours ci est l’une des nombreuses manifestations des phénomènes climatiques extrêmes qui se multiplient ici et à travers le monde. Le changement climatique n’est pas devant nous, il est déjà là et il conduit en Europe à des pics de chaleurs, à des incendie, à des inondations. Mais le changement climatique, c’est aussi « l’injustice ultime  ». Les 1% les plus riches génèrent 175 fois plus de CO2 que les 10% les plus pauvres et les plus défavorisés, dans les pays industrialisés comme dans les pays pauvres, sont les premiers à en subir les effets.

La mobilisation des gilets jaunes a popularisé le slogan « fin du monde, fins du mois, même combat ! ». Car la canicule touche tout le monde, mais tout le monde n’en souffre pas pareil et n’en meurt pas autant. Le plan santé environnement de la région Ile-de-France a dressé la carte des parties du territoire surexposées aux nuisances environnementales. Sans surprise, elle se superpose à celle des bas revenus et à celle des territoires disposant du moins de végétation pour modérer les effets de la canicule. Région la plus riche de France, l’Ile-de-France est aussi la plus inégalitaire. Lors de la canicule de 2003, la Seine-Saint-Denis a été le 2e département le plus touché, à cause de la la mauvaise qualité des logements, l’importance des îlots de chaleur et la vulnérabilité de santé. Cette année, on peut craindre le pire et déjà les personnels paramédicaux et médicaux alertent sur les risques encourus par les personnes âgées faute d’accueil et de médecins aux urgences.

Alors, oui, bien sûr, il faut déclarer à Montreuil l’état d’urgence climatique, mais surtout le besoin de justice climatique !

De ce point de vue, et malgré des déclarations tonitruantes, la politique du gouvernement ne permet pas de répondre à ces enjeux. La loi énergie-climat présentée par François de Rugy et débattue aujourd’hui à l’Assemblée illustre le fossé entre l’affichage d’ambitions très élevées, et l’absence de mesures et de moyens pour les atteindre. Ainsi, les subventions à l’énergie fossile sont maintenues et aucun outil suffisant n’est prévu pour la réhabilitation thermique des millions de logements en France qui constituent des « passoires énergétiques ».

En réalité, aucune politique ne peut sérieusement prétendre répondre à la crise climatique sans rompre avec le productivisme, le consumérisme et le marché « libre et non faussé », tel qu’il est sanctuarisé par l’Union européenne et par les accords de libre échange comme le CETA. Sans cela, toute politique écologique en restera à de pieuses déclarations d’intention, soumises aux intérêts du capitalisme.

A l’échelle de notre territoire, ce sont les mêmes contradictions qui se jouent. Est-Ensemble a voté le 28 mai un plan local d’urbanisme intercommunal – seule l’élue France insoumise s’y est opposée ! – qui s’inscrit dans la logique de la métropole du Grand Paris d’une densification sans cesse accrue. L’objectif est de passer de 12 à 14 millions d’habitant-e-s. Nous avons déjà eu l’occasion de le souligner ici: oui, la crise du logement est un enjeu politique majeur. Mais penser l’aménagement de la métropole sous le seul objectif chiffré du nombre de logements construits conduit à des non-sens en terme de transport et d’artificialisation des sols. Les projets de destruction d’une partie de la forêt de Romainville et de création d’un grand centre commercial Europacity, dans le triangle de Gonesse, où se trouvent les terres les plus fertiles d’Île-de-France participent de ces projets inutiles et nuisibles auxquels les citoyen-ne-s opposent une mobilisation de plus en plus déterminée. La végétalisation des espaces urbains sera déterminante pour restaurer le cycle de l’eau, créer des îlots de fraîcheurs et modérer de plusieurs degrés les pics de température.

Vous nous proposez une « déclaration d’état d’urgence climatique ». Pour mémoire, en 2015, nous avions adopté une délibération similaire concernant l’impact sur la santé des politiques municipales. Elle est restée lettre morte ! Pour que celle qui nous est soumise cette fois ne connaisse pas le même sort, nous voulons la prendre au mot. Vous proposez de « mettre en place un processus systématique d’études d’impact climatique des projets et rendre ces études publiques avant de prendre les décisions ». D’accord, mais cela doit nous engager réellement, et dès maintenant, dans les projets de rénovation urbaine en cours de finalisation, à la Noue- Clos français en particulier. Dans ces projets, les subventions de l’ANRU sont conditionnées à la construction de centaines de logements supplémentaires. Cela permet de financer les équipements publics nécessaires à nos ambitions sociales et attendus des habitant-e-s mais conduit à construire dans quasiment tous les espaces de respiration encore disponibles. Nous pensons au contraire que, dans un quartier déjà très dense, la rénovation devrait être l’opportunité de créer de nouveaux espaces verts et de mettre en place des projets d’agriculture urbaine permettant de s’adapter au changement climatique et d’améliorer la qualité de vie et la santé des habitant-e-s. Je plaide donc pour que cette déclaration soit un point d’appui dès aujourd’hui, pour une relecture des projets en cours à la lumière de leur impact écologique. Y compris quand cela implique de mettre l’État face à ses contradictions.

La politique municipale elle-même doit être interrogée et révisée au prisme du nouveau critère que vous proposez d’introduire. En particulier pour le secteur des murs à pêches. Dans le cadre du budget participatif 2018, l’association Murs à Pêches avait déposé un projet de forêts fruitière sur les parcelles situées de part et d’autres de l’usine EIF, alors classées zones naturelles. Le projet était en pleine cohérence avec l’objectif de préserver les espaces en pleine terre et de création d’îlots de fraîcheurs en ville. Quelle déception de constater qu’il a été disqualifié sans même être soumis au vote des habitant-e-s ! La priorité a été donnée au programme « Inventons la métropole » qui urbanise une partie de ces parcelles: nous le regrettons. Les abords des murs à pêches sont de plus en plus grignotés par les constructions: nous le déplorons aussi.

Voilà pourquoi, monsieur le Maire, nous soutenons votre vœu, tout en vous demandant de manifester, dans vos actes et pas seulement dans vos paroles, une volonté réelle de s’opposer aux objectifs démesurés de la métropole du Grand Paris.

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